APRES LA TEMPETE …

Bonjour à tous,

Après une semaine de « silence radio-blog », je reprends enfin la « plume » !

La tempête est passée ; le calme et la chaleur sont revenus, et chacun profite d’un peu de cette «relative tranquillité» pour faire disparaître un tant soit peu les cernes profondément inscrits sous les yeux ! Yolly, imperturbable, continue son travail stoïquement. Car les patients vus par les équipes de la mission reviennent poursuivre leur traitement ou pour refaire leurs pansements !
Mais reprenons …

Un rythme vraiment très soutenu pendant ces 5 jours où nous avons vu défiler plus de 2000 patients. Éreintant, car en plus de la défection d’un bon nombre de médecins philippins qui avaient pourtant annoncé leur participation, il n’y avait qu’une seule pharmacienne française pour contrôler les prescriptions ! Et l’information a plutôt bien circulé, plus par le « bouche à oreille » que par les médias d’ailleurs, pour que tant de patients se pressent ainsi au portillon !

La courte durée de la mission et le faible nombre de médecins ne nous ont malheureusement pas permis de soigner tous ceux qui étaient venus montrer leur détresse physique : et ça, je peux vous dire que c’est vraiment désolant et très frustrant ! La grande consolation vient de l’aide spirituelle apportée à tous ceux qui sont venus, qu’ils aient pu obtenir une consultation médicale ou non : cet aspect missionnaire lui, est un succès vraiment réconfortant, surtout du au dévouement souriant des abbés, des séminaristes (Pierre-Marie Wagner et Jonathan Loop) et des sœurs de Béthanie. Combien de chapelets distribués, de scapulaires offerts et bénis, de baptêmes donnés, de points de catéchisme éclaircis ? … Ramenée par Monsieur l’Abbé Couture, une grand reproduction du Saint Suaire de Turin a été exposée dans le Gym pendant toute la durée de la mission, et lui a donné l’occasion de 2 conférences de présentation du Saint Suaire dans les locaux municipaux touts proches.

Évidemment, il me paraît difficile de vous raconter dans le détail tous les aspects de la mission : j’ai bien essayé le premier jour, et je ne sais pas si mes impressions rendent bien compte de l’ambiance. Le deuxième jour, prise entre la gestion de mes dossiers, mon ordi, le défilé ininterrompu de patients, je n’ai vu de la mission qu’une activité fébrile des infirmières de la pharmacie, qui trouvaient parfois le temps de venir m’aider, secourables Champollions, à déchiffrer les hiéroglyphes et autres pattes de mouches des médecins prescripteurs !

Et pas beaucoup plus pour le troisième jour !

Le comble : au quatrième jour, c’est moi qui aurait du consulter ! Hors service en plein boum, avec forfait pour angine et gastro… Et c’est la pauvre Sherryl qui a du traiter tous les dossiers, aidée par l’une de mes amies du Mother and Child venue gentiment et très opportunément montrer son nez !

À peine plus de présence au cinquième jour : c’est quand même rageant d’avoir préparé et attendu cette mission si longtemps, pour n’y participer finalement qu’en pointillé ! … serviteur inutile !

Pour éviter de vous laisser « sur votre faim », j’ai demandé à chaque volontaire Français d’écrire un petit commentaire sur ce blog : j’espère que leurs activités à leur retour en France, leur laisseront le temps de vous faire part de leur aventure philippine !

Pour l’instant, je tente de faire un tri entre les photos collectées auprès des uns et des autres, pour vous présenter un premier témoignage.


Il faut quand même que je vous décrive un peu le tout : sinon les photos risquent de vous paraître … banales.

À l’extérieur du Gym, Yolly et quelques infirmiers assurent le premier enregistrement « papier », en plein milieu de la foule qui se presse. Les militaires font ce qu’ils peuvent. Yolly se trouve cependant dans l’obligation de faire déjà à ce niveau un peu de « tri ». Pourquoi ? Les « barangays » avaient été « invités » à amener « leurs » patients les plus pauvres. Mais avec le bouche à oreille, beaucoup de patients des environs « non invités » se pressaient déjà à l’enregistrement quand les camions « voiturés » par les barangays se sont présentés ! Mauvaise affaire ! Car cela a été dur pour Yolly, infirmière et catholique, de devoir faire reculer les premiers arrivés, souvent encore plus démunis que les autres, pour laisser passer les « invités », quand elle aurait voulu pouvoir soigner tout le monde ; et qu’elle savait pertinemment que ce serait probablement impossible !

Après ce premier enregistrement, les patients attendent, toujours dehors sur les marches des escaliers, que les militaires leur ouvrent les portes. Ceux-ci ont reçu des consignes précises : en fonction du nombre de médecins, il faut qu’ils contrôlent le flux des patients pour que les équipes qui travaillent à l’intérieur ne soient pas submergées par le nombre. C’est encore sur ces marches d’escaliers, dans la chaleur, parmi les pleurs des gamins et la toux des anciens, que les sœurs souriantes circulent, catéchisent, annoncent les horaires des messes, des confessions, enseignent, conseillent, …

Une fois les portes d’entrée passées, les patients sont pris de suite en charge par d’autres infirmiers : pouls, tension, température, symptômes avant de passer en consultation avec les médecins parmi lesquels le Dr Kowalska et le Dr Dickès.

Les blessés et ceux qui nécessitent des injections, ou de la petite chirurgie que le Dr Dickès fait entre deux consultation, vont directement voir Claire Delhome, assistée de Bernadette Dickès et de quelques sœurs de Béthanie. Du peu que j’ai pu voir, les patients ne les dérangeaient pas pour des « petits bobos » : les plaies à traiter étaient plutôt du type abcès, pieds de diabétiques tuméfiés … Les médecins ne sont pas épargnés non plus : pas trop de « cas très graves » mais des gamins avec des tumeurs … c’est vraiment moche !

Les mamans d’ici, toujours si attentives et aimantes vis à vis de ces enfants un peu « monstrueux » font mon admiration! Ici, tout respire la charité, le don de soi, le respect de la vie humaine, c’est vraiment magnifique.

De l’autre côté du Gym, les dentistes « sévissent », devant nos regards horrifiés ! Mais tout compte fait, et pour rassurer un peu … : … à la fin de la première journée, pour éviter les déplacements au Kasfallah, nous avons décidé de prendre tous nos repas dans le Gym. Nous arrivons donc le matin le deuxième jour, après la messe pour prendre le petit déjeuner. Déjà, ce n’est pas très habituel pour les Français de manger viande, poisson et riz à cet horaire matinal (ah ! le poids des habitudes…). Mais quand le repas est servi à côté des postes de travail des dentistes où trônent encore les poubelles de la veille, là il y a de quoi vous couper l’appétit complètement !!! Une fois suffit : un petit rappel sur les consignes d’hygiène aux « petites mains » chargées de la propreté des locaux… !!!

Un peu plus loin, la pharmacie où la pauvre Chantal, assistée de Delphine, de Blandine et des infirmières philippines tente de déchiffrer les prescriptions, de vérifier les dosages, de jongler entre les médicaments Français et Philippins ! Tout en demandant à Honeybee les médicaments manquants …

Et tout au bout, nous essayons désespérément avec Sherryl, de suivre le rythme des enregistrements par ordinateur de tous ces patients !

Pour ajouter à cette ambiance de désordre organisé, circulent Mr Gressier avec sa caméra, Mme Gressier et Mary avec leur sourire, et Xavier qui, entre deux voyages éclairs à Gen San, tâche de s’assurer que tout le monde a ce bien qu’il lui faut pour travailler!

Dans le bruit ambiant, quelques expressions reviennent très fréquemment : Delphine reste célèbre ici pour la manière très particulière dont elle insère souvent ses « ouhlàlà » ! Une sorte de concours, depuis son départ, pour savoir quel est celui qui dira le plus souvent « ouhlàlà » ! C’est vraiment excellent avec l’accent franço-tagalog !

« Excellent »! C’est l’expression favorite de l’Abbé Pierre Marie (qui parle un peu par le nez) : elle a eu beaucoup de succès, et chacun s’applique à la répéter en tâchant d’imiter la voix de l’abbé (« sauf votre respect » Monsieur l’Abbé !)


Malgré mon état, au quatrième jour, nous décidons avec May-May de faire goûter la « vraie vie » de GenSan à nos amies Françaises et nous les invitons à dormir dans ma chambre. Dans un joyeux « bazard » digne de pensionnaires, elles découvrent le joli bruit des rats qui se déchaînent pour leur faire plaisir ! Elles ont mis du temps aussi, à découvrir que, contrairement à la « douche sans douche » du Kasfallah (c’est à dire avec la casserole en plastique), je disposais « chez moi » d’une « vraie » douche (froide, certes) et ont préféré la casserole ! La famille de May a été ravie de faire la connaissance de ces sympathiques française ; Delphine avec son rire et son humour a conquis tout le monde dès le premier instant !

En guise de cadeau de bienvenue, le gouvernement offre aux étrangers un petit tour dans un village traditionnel où nous sommes chaleureusement reçu après un voyage sur les pistes éprouvant pour le dos ! Mes connaissances en « tagalanglofrancovisaya » me servent bien, et avec Claire, nous nous essayons joyeusement à la danse des oiseaux et des vagues avec les petites filles qui dansent pour nous.

Pour finir, vendredi soir, le gouverneur nous offre un dîner auquel les infirmiers Philippins ont aussi été conviés ! Entre les discours de chacun, les plats Philippins, un peu de remontants, l’ambiance est vraiment très sympathique, et les Philippins découvrent le côté « fêtard » des Français !

Finale en chanson, bien sur ! Mr Gressier nous chante un tonitruant « dors mon pti quiquin » en patois chti ! Mary nous fait découvrir sa voix magnifique ! Il me faut chanter la chanson philippine que je connais, au grand bonheur de nos amis philippins, et finalement les apôtres de Marie terminent cette magnifique soirée de leurs chants.

Le lendemain samedi, c’est génial ! Tous les infirmiers sont revenus exprès pour la journée de conférences de bioéthique : à commencer par celles sur l’avortement et la contraception…

Après un dernier débriefing, nous quittons une bonne fois pour toute le Capitol pour retourner sur Gen San. !

Au dimanche, restent les adieux : juste après la messe, nos amis Français s’en vont passer la journée à Davao avant de rejoindre la France via Singapour. L’après-midi se passe bizarrement à ranger, à se reposer un peu, à discuter … après toute cette agitation et ces moments d’émotions intenses passés avec toute l’équipe, le « dernier carré » (le Dr Kowalka, Mary, les 2 séminaristes, Xavier et moi) semble un peu désorienté…

Lundi matin, la vie « courante » recouvre ses droits : avec May May, nous prenons notre courage à deux mains, et des deux autres le linge qui depuis une semaine s’entasse dans la salle de bain. Chants, rires et bavardages ponctuent cette séance de lessive qui s’achève tant bien que mal dans la buanderie familiale. Avec un constat, sinon un regret : c’est un travail fatigant, même s’il est effectué dans une ambiance sympathique ; mais c’est probablement la dernière fois que je pratique ce « sport » ici !

L’après-midi, après un café d’adieu « chez Mac Gregor », les membres du « dernier carré » s’envolent à leur tour, laissant derrière eux celle qu’on appelle désormais ici la « french filipina »…

Pas le temps de « morositer » sur mon sort ! Ce soir, il s’agit de faire bonne figure au barbecue de la « good bye party » organisée pour que mon départ soit moins triste !

Nous sommes une vingtaine environ. Chacun y va de son cadeau et de son chant. Quelques détails ?
Yolly commence par un poème sur l’amitié qui dit à peut près cela :

J’ai voulu chanter pour te dire mon amitié, mais le chant s’est éteint ;

J’ai voulu souffler, mais le vent ne va pas loin et tu ne le vois pas ?

J’ai donc trouvé la flèche, que j’ai envoyée dans ton cœur !!!


Vilma m’a chanté ma chanson philippine préférée ;

Kits m’a chanté le chant de l’adieu en anglais où j’ai compris que « ce n’est qu’un au revoir, pleure pas »

Kody m’a chanté « l’étoile de la mer » en Français bien sûr !

Les filles m’ont chanté des chants anglais émouvants et les garçons aussi !

Aldy avait dépensé tout son argent de poche pour m’acheter un petit bracelet !

Gerlyn (du Mother and child) m’a offert un bracelet et chanté une chanson qui disait « tu nous a apporté beaucoup, nous te regretterons »

La tante de May a fait un discours pour me dire que j’étais chez eux comme une autre fille, une soeur, … Les cousins de May (l’un des petit garçon a une voix magnifique) avaient préparé des chants splendides et ils m’ont offert un superbe malong (tube de tissu très coloré qui sert pour dormir, pour se changer, comme jupe … !

Le captain des Apôtres de Marie m’a remerciée de les avoir aidés …

Les apôtres de Marie présentées par leur chef Annalie m’ont offert deux plateaux en bois ! Avec un discours magnifique pour me dire que dans les coups durs … ils n’avaient pas seulement de l’affection pour moi mais de l’amour, et qu’ils me présentaient tout cela sur un plateau …

Yolly a repris la parole pour me dire qu’ils avaient reçu beaucoup par ma venue, et qu’ils espéraient que j’avais reçu autant qu’eux.


Je ne sais pas ce que ça vous fait, mais moi avec tout cela, j’étais en larme et au moment du discours, il m’a été très difficile de parler ! Heureusement qu’Annalie avait prévu un mouchoir ! Bon : mais après avoir parlé, je n’étais plus la seule à pleurer : Marie-Ca et Sherryl utilisaient aussi leurs mouchoirs !

 

Dimanche prochain, ce seront 6 mois de ma vie qui seront terminés ; trop triste de fermer ainsi la porte sur une expérience aux Philippines décidément géniale ! Je souhaite à beaucoup d’autres de venir ici en profiter !

Le docteur Dickès m’a appris qu’une autre jeune infirmière (Alice) devait arriver ici en octobre pour 8 mois! Bravo, super génial ! J’espère qu’elle ne sera pas seule tout le temps !
Magali, devrait d’ailleurs rejoindre la mission pour deux mois au tout début du mois de février !

Pour ceux qui seraient tentés de fermer ce blog comme un livre dont ils auraient terminé la lecture, je rappelle que j’attends les commentaires des Français ; j’y ajouterai certainement un dernier mot à mon retour en France !

Au cours de la « good bye party », beaucoup des compliments et des cadeaux qui m’ont été adressés auraient du l’être, en toute justice, à tous ceux qui par leurs prières ou leurs dons matériels ont aidé la mission si efficacement. Cette mission a été un réel succès ; ACIM-ASIA continue son action ; et c’est bien grâce à la générosité de tous les bienfaiteurs. Chacun de ceux qui poursuivent ici cette action d’assistance médicale catholique n’est pas prêt de les oublier dans ses prières.

Hangang sa muli.

God bless you always.

 


Un commentaire

  1. nadine dit :

    Chére Clotilde,
    ne pouvant dormir, je me suis mis sur votre « blog » pour suivre la suite de vos aventures, merveilleuses d’ailleurs, et je comprends que vous ayez été émue, par tout ce peuple qui vous a apprécié pendant ces 6 mois passé parmi eux, mais que de souvenirs, il faudrait que beaucoup de personnes puissent faire ce que vous avez fait, et vécu, et que de grâces, passent a travers toutes ces choses parfois banales,vous aurez surement avec toute l’équipe de ROSA MYSTICA, sauvé des vies, mais aussi des âmes, courage pour votre retour sur notre bonne terre de France, bien déchristianisé, mais nous sommes tous unis par la prière,et il faut continuer le bon combat.. union de prières
    REPONSE
    bonjour Nadine,
    un petit mot avant de quitter définitivement ce beau pays ! je mets les dernières photos, je finis une dernière mission médicale, je ferme ma valise, je suis invitée ce soir à un diner d’adieu avec ma famille d’accueil !!! et demain, avion pour Manilles à 10h aie !!! Kody est déjà à moitié en larme ! c’est pas drôle tout cela ! ils veulent tous bruler mon billet ! et sont pas loin d’espérer que les rebelles se manifestent pour que je ne puisse pas partir !! oulala !
    enfin ! c’est la vie ! merci pour votre soutien.
    en union de prières.
    CLOTILDE

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