article de Claire Delhome

Mission aux Philippines


Voici quelques nouvelles de nos amis philippins, que j’ai eu le privilège de rencontrer lors de la mission médicale organisée par l’ACIM (Association Catholique d’Infirmières et de Médecins) du 11 au 16 Août dernier !

« Veuillez attacher vos ceintures, notre avion va bientôt atterrir ! » Depuis le ciel sans nuage, nous apercevons en effet depuis quelques instants une mer semée de taches plus ou moins étendues : les îles philippines. A mesure que l’appareil perd de l’altitude, des formes se précisent au milieu de la verdure : rouges, bleues, grises… ce sont les toits.

Enfin, après plus de 20 heures de vol, mais aussi une pause de 3 jours à Singapour, nous touchons le sol philippin ! Nous récupérons nos 65kg de médicaments, plusieurs kg de savons, chapelets, scapulaires, vêtements, chocolats,… et la copie du Saint-Suaire qui accompagne Monsieur l’Abbé Couture lors de chaque mission ! Ainsi équipés, Mr l’Abbé et les huit français franchissent les portes de l’aéroport et quittent l’atmosphère climatisé pour un premier contact avec la réalité : la chaleur tropicale ! Fendant le flot des chauffeurs de « taxis », nous sommes dirigés vers 3 voitures de paroissiens qui nous conduisent chez eux pour le déjeuner. Aïe, aïe, aïe ! plus question de parler français : il faut se mettre à l’anglais et répondre aux questions qui fusent de toutes parts ! Nous goûtons de délicieux fruits, chacun boit sa noix de coco, et nous quittons Davao, ville située au Sud de l’île de Mindanao, pour nous rendre en voiture à Alabel, tout près de la ville de Général Santos, où est fixée la permanence d’ACIM-ASIA.

Nous roulons (« tressautons » serait le terme plus exact !) sur une route en ciment, dépassant quantité de jeepneys : sorte de bus aux couleurs vives, dont la spécialité est de ne refuser aucun passager… Aussi il suffit de s’accrocher au pare-chocs arrière, au rétroviseur, de grimper sur le toit,… si l’on veut voyager. Pour demander l’arrêt il n’y a qu’à frapper sur le toit ! Un chapelet ou une image religieuse est immanquablement suspendue à l’avant du véhicule. Si vous ratez la jeepney, vous avez encore le recours de grimper dans un tricycode : sorte de mobylette à laquelle est accolée, sur le côté droit une cabine plus ou moins couverte. Mais là encore, vous pouvez poser votre regard sur la croix du chapelet fixé à l’avant, pour vous encourager dans les moments difficiles… car il n’est pas question de priorités : chacun s’engage, double, tourne à son gré, signalant tout-de-même sa présence par de petits coups de klaxon…

Nous quittons la ville et roulons à travers la campagne. La route est bordée de cabanes en planches très rudimentaires, couvertes de tôles rouillées. Certaines sont ouvertes à l’avant et offrent au passant toutes sortes de marchandises pêle-mêles.Des enfants courent partout, dans la poussière, au milieu de chiens, chats, poules et chêvres. Les femmes sont souvent accroupies autour du feu sur lequel elles préparent le repas, ou bien au bord des rivières ou elles frottent le linge. Leurs maris travaillent pour la plupart dans les plantations ou les rizières. Au milieu de cette pauvreté une chose retient l’attention : le sourire, la bonne humeur ! ces gens sont simples et ne prennent pas des allures affairées, des airs d’importance. Ils semblent se contenter de l’instant présent, sans être tourmentés par la fièvre de la réussite ou le tracas de l’épanouissement personnel… Bref, il fait nuit noire lorsque nous franchissons l’enceinte de la zone administrative d’Alabel, sous une pluie diluvienne de mousson, et après 3h30 de voiture !

Clotilde, (nul besoin de vous la présenter !) nous accueille, ainsi qu’un autre compatriote Xavier, étudiant en médecine, un séminariste américain, une institutrice de Nouvelle-Zélande, une pédiatre polonaise,… et bien sûr des philippins tout souriants, parmi lesquels la communauté des sœurs béthaniennes. Après le dîner, nous gagnons nos chambres, situées dans la Kasfallah :  maison des invités. Celles-ci sont déjà occupées par des petits geckos ( sorte de petits lézards ocres translucides, munis de petites ventouses sous les pattes et très friands de moustiques..donc nos amis !) et des cacroachs (gros cafards ainsi nommés en raison du bruit caractéristique qu’ils émettent écrasés sous une chaussure !)  Autre surprise : la douche. N’allez pas imaginer ce que nous désignons chez nous par ce terme. Ici il s’agit d’un petit « enclos » en carrelage, au coin duquel est fixé un robinet d’eau froide, et près duquel attend une casserole pour se rincer. Nous goûtons ce petit rafraîchissement avec plaisir, avant de nous endormir sans autre berceuse que le chant des geckos…

Le Dimanche est consacré, après la Messe, aux préparatifs de la mission du  lendemain, avec notamment le rangement de la pharmacie, ce qui n’est pas une mince affaire entre les dénominations philippines, françaises et génériques… heureusement notre pharmacienne est d’une patience exemplaire !

 

Lundi matin, tous les « volunteers » se retrouvent pour la Sainte Messe, venus puiser des forces à la Source, avant d’aller porter de leur mieux le Bon Dieu à leur prochain, au travers du rôle dont ils sont chargés. Déjà la foule arrive et se presse sous une grande tente dressée à l’entrée du « gymnasium » où seront dispensés les soins.

La semaine commence, comme chaque Lundi, par une cérémonie officielle au Capitole (Mairie). Tous les employés en uniforme impeccable sont rassemblés. Le drapeau philippin est hissé tandis que tous chantent l’hymne national et promettent fidélité à la Patrie. Durant la prière qui suit, le travail de chacun est confié au Bon Dieu, puis quelques chants et mouvements de gymnastique clôturent la cérémonie. Le gouverneur en profite pour ouvrir officiellement la mission en nous présentant à tous… 

Il est temps d’aller nous consacrer à nos malades ! Pour commencer, chaque personne est enregistrée : nom, âge, adresse, motif de consultation. Puis elle est munie d’un papier de couleur différente  selon sa destination : pédiatre, généraliste ou dentiste.

A l’étape suivante, une infirmière note poids, tension et température sur cette feuille. Puis commence la longue attente avant la consultation. Durant celle-ci, les deux prêtres imposent des scapulaires, confessent, baptisent, avec une paternelle attention pour chaque âme en particulier… Les deux séminaristes les aident efficacement. Les béthaniennes ne sont pas en reste non plus : elles distribuent des chapelets en expliquant aux enfants la manière de le réciter, elles donnent médailles, images,… et tout cela avec beaucoup d’amour aussi. Un peu plus loin, certaines d’entre elles donnent des cours de catéchisme en s’aidant de planches illustrées de couleurs très vives. Les enfants, et de loin les parents aussi, écoutent et regardent avidement ! Dès qu’une place se libère dans la file d’attente, un volontaire ou un militaire conduit la personne suivante à cette place. Au bout de quelques heures, après les soins de l’âme, ont lieu les soins du corps. Examen médical,

  interrogatoire (avec interprète indispensable !) et diagnostic. L’ordonnance est rédigée et, toujours gratuitement, la personne peut récupérer à la pharmacie ses médicaments. Là encore, les explications sont traduites par des interprètes en tagalog. Les comprimés sont dispensés en quantité modérée afin d’éviter tout commerce parallèle… Certains repartent également avec un savon, un peigne, du chocolat, ou bien une ordonnance leur permettant d’aller voir gratuitement un spécialiste en ville. D’autres repartent avec quelques dents en moins, ou des points de suture, un bandage, etc…

A midi chacun s’interrompt pour l’Angélus et le repas. Puis les soins reprennent jusqu’à environ 18h. Si parfois le vertige nous prend devant toute cette foule de personnes souffrantes, un regard vers Notre-Dame de Fatima,

  dominant la pièce, et magnifiquement ornée de fleurs suffit à nous redonner des forces ! La Foi de ces gens est toute simple. Sans aucune honte, chacun déambule dans la pièce avec scapulaire et chapelet autour du cou, le plus naturellement du monde. Lorsque vous croisez un  regard, aussitôt vous recevez un large sourire, comme si l’on vous disait : « je n’ai rien à te donner, mais je t’offre un peu de mon cœur !»  L’obstacle de la langue n’est pas un trop gros problème, nous y pallions autant que possible par des gestes. Et il faut que ces gens nous fassent grande confiance pour nous suivre derrière un rideau, munies de seringues ou instruments pour pansements, sans bien saisir ce que nous allons leur faire… nous admirons un tel abandon !

Petite anecdote qui nous fit bien rire : ayant demandé à une sœur parlant un peu français comment se disait « maman » en tagalog, elle répondit sans hésiter « sandali lang !» Bien joli, mais peu facile à prononcer pour un petit enfant avons-nous pensé… mais enfin ! Nous demandions donc les jours suivants aux enfants « sandali lang » ? Persuadés qu’ils comprenaient : « c’est ta mAman ? » Lorsqu’un beau jour nous compriment que nous leur disions tout bonnement : « peux-tu attendre un mOment ? »

 

Ici, tous les gens sont habitués à vivre les uns chez les autres, sans beaucoup d’intimité, aussi la confidentialité n’est pas tellement à la mode chez les philippins, qui viennent s’appuyer tout naturellement à la chaise du voisin qui est en plein examen médical, écoutant les recommandations qui lui sont faites… Eh oui, il faut s’y faire, cela surprend un peu au début !

Parfois les enfants s’approchent de nous, prennent notre main et la portent à leur front en signe de respect et de reconnaissance… certains d’entre eux voient un prêtre ou un médecin pour la première fois de leur vie !

 

D’ailleurs, la municipalité profite de la mission pour venir inscrire bon nombre d’entre eux à l’état civil. Ainsi, cette fillette d’une dizaine d’années qui fut opérée d’un bec-de-lièvre, suite à la mission de 2007 : lors de son entréeà l’hôpital, elle n’existait pas, civiquement parlant !

Durant la semaine nous recevons trois bébés atteints d’une malformation cérébrale qui déforme leur tête et leur laisse peu d’espoir de survie. L’un d’eux, non baptisé encore, devient enfant de Dieu dans la petite chapelle de fortune…

Un merveilleux souvenir est celui de ce petit garçon d’environ 3 ans, porteur d’un bec-de-lièvre. Tandis que nous lui présentons une petite image du Bon Pasteur, reconnaissant le caractère religieux du dessin, il joint instantanément, mais avec beaucoup de douceur ses petites mains, et se recueille. Lorsqu’il comprend que l’image est pour lui, ses yeux brillent de plaisir, et il serre sur son cœur ce petit trésor qu’il ne veut plus quitter… nous sommes bien émues par cette scène qui ne dure que quelques secondes, et nous pensons à tous ces autres enfants froidement éliminés pour  le seul préjudice d’avoir une malformation physique ! Quel témoignage vient de nous donner ce petit innocent, heureux de vivre, et qui sera bientôt opéré…

Vers 16h30, après la sortie de l’école, arrivent des fillettes en uniforme. Elles portent des chemisiers blancs et des jupes écossaises aux couleurs différentes selon leur classe. Elles nous observent longuement, puis se hasardent timidement à nous dire quelques mots en anglais, et lorsque la glace est brisée n’hésitent plus à nous demander de toucher nos cheveux, qui ne sont pas noirs et fins comme les leurs !

Nous voyons peu de personnes âgées, car l’espérance de vie n’atteint même pas 70 ans. Celles que nous voyons cependant sont encore très alertes, habituées à s’asseoir continuellement par terre… Elles ne sont jamais seules mais entourées par 2 ou 3 générations…

Ainsi, durant les cinq jours de mission nous recevons environ 3000 personnes. Nous apprenons plus tard que les francs-maçons largement répandus dans le pays, ne nous ont pas facilité la tâche, en cherchant à dissuader les médecins locaux de venir nous aider, ou en voulant limiter le nombre de nos consultations… Il faut préciser, à la décharge des médecins philippins, que 80 à 90% de leurs consultations journalières sont gratuites et relèvent donc déjà d’une « mission » !

 

Il est bien triste cependant de devoir renvoyer le dernier jour un certain nombre de malades non traités, faute de médecins et de médicaments…

Pour clôturer la mission médicale, le gouverneur de la province nous offre un dîner, au cours duquel le chef de l’armée nous remercie publiquement pour le caractère médical et religieux de la  mission !

Le dernier jour a lieu un forum, pour mettre en garde les étudiants contre l’IVG et les autres dérives actuelles. En raison de la forte pluie qui tombe ce jour-là, l’assistance est clairsemée, mais les auditeurs sont visiblement ébranlés par les propos clairs qui leurs sont adressés, appuyés de supports visuels.

Chaque étudiant, comme chaque malade entrevu au cours de la semaine repart muni de l’adresse de la permanence de l’ACIM, où une personne dévouée sera toujours prête à l’aider et à lui indiquer la chapelle traditionnelle toute proche. Ainsi, grâce à cette permanence qui porte bien son nom, la mission ne cesse jamais, elle perdure au contraire, et de jeunes apôtres de Marie y consacrent beaucoup de leur énergie, par amour pour les âmes.

 

Pardonnez-moi d’avoir été bien longue, tout en regrettant de n’avoir pu qu’effleurer un si vaste sujet ! Je voulais surtout vous redire qu’à des milliers de kilomètres de la France, des catholiques traditionalistes se battent encore pour conserver leur Foi. Leurs ennemis possèdent l’arme redoutable de la télévision, qui répand ses courants de matérialisme et d’impureté… Beaucoup de ces catholiques envient la France pour ses nombreux saints, ses nombreuses apparitions mariales.

Ainsi, si vous avez la grâce de vous rendre au Jubilé de Lourdes, n’oubliez pas de dire une petite prière pour vos frères et sœurs philippins qui n’ont pas les moyens de prendre l’avion, ou ne peuvent obtenir un visa pour venir honorer la Sainte Vierge, et bénéficier des grâces jubilaires… Et n’oubliez pas non plus, dans votre petit quotidien, de penser à toutes ces âmes qui désirent se sanctifier comme nous, dans des conditions différentes des nôtres, mais bien difficiles aussi, et surtout avec de trop rares sacrements… Si vous souhaitez les aider matériellement, vous pouvez envoyer vos dons à

l’ACIM – 18 Villa Rachaert –  92390 Villeneuve-la-Garenne

ou contacter le Dr Jean-Pierre Dickès : jean-pierre.dickes@wanadoo.fr

Vous permettrez peut-être à un enfant d’être opéré, ou bien à un prêtre de prendre un tricycode afin d’aller extrémiser un mourant…. Au Ciel vous serez récompensés par une foule de sourires philippins !

Mais d’ici-là, selon l’usage : « God bless you ! »

 

 

 

 

 

 

 

 


2 commentaires

  1. Marie Laurençon dit :

    Chère Claire,

    Bravo pour ce très beau témoignage très vivant(c’est comme si on voyait de nos propres yeux les scènes que tu décris), très émouvant et surtout plein de Foi.

    Restes-tu longtemps aux Philippines, où y étais-tu simplement de passage pour la mission? en tout cas bon courage et bon apostolat missionnaire à toi et à tous ceux qui soulagent les misères physiques et spirituelles des « Philippins » (ça se dit comme ça?!)

    UDP, Marie

    REPONSE

    Chère Marie,
    merci pour ton sympathique message. je laisse à Claire le soin de te répondre personnellement.
    amitié in Christo

  2. Claire dit :

    Chère Marie,

    Merci beaucoup pour ton gentil message, que je découvre bien tardivement !
    Pour répondre à ta question, je ne suis plus aux Philippines. En effet, je me prépare à rentrer, Samedi, chez les Sœurs de la Fraternité à Ruffec! Mais d’une certaine façon la mission n’est pas terminée pour moi, car je continuerai à prier pour toutes ces personnes que nous avons rencontrées, et pour le rayonnement de Rosa Mystica !
    Je prierai bien pour Frère Gatien et toute ta famille le 29… Ne m’oublie pas non plus dans tes prières !
    Je t’embrasse.
    Claire

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