article de l’abbé Wagner

Mademoiselle,
Alors qu’actuellement vous êtes quelque part entre Manille et Paris, très près du ciel mais finalement pas si loin que ca de la mer – il suffit de pas grand-chose… – (remarquez que vous vous approcheriez du Ciel d’autant que l’avion se rapprocherait de la mer), je me creuse la tête pour savoir quel pieux commentaire je vais pouvoir inventer. Et j’ai promis de ne pas dire de bêtises, ce qui rend la tâche encore plus ardue.
Pour éviter les classiques rengaines (« Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu », ou encore « C’était super les Philippines, y’avait des bananes et des noix de coco, j’ai bu, mange, dormi, et m’en suis retourné plein d’usage et raison, vivre chez mes parents le reste de mon âge »), je me contenterai de donner un bref (le mot est bien long) aperçu du caractère philippin.
Tout d’abord, il n’y a pas de caractère philippin (ça commence bien…) ; je veux dire que si vous vous trouvez à Manille, vous ne rencontrerez pas le même genre de personnages qu’à Baguio ou Gensan. Un mot anglais qualifie cependant dans les grandes lignes le Philippin moyen : Happy good lucky. Intraduisible comme tel en français, on pourrait lui donner l’équivalent de profiteur et insouciant. C’est-à-dire que le Philippin vit au jour le jour, et pourquoi pas, au petit bonheur la chance (vous reconnaissez là le qualificatif anglais, don’t you ?), au crochet d’un gentil Européen un tant soit peu fortuné.
Ce serait néanmoins porter un regard réducteur et faussé que de ne pas leur attribuer la qualité qui leur revient de droit : la générosité. Les Philippins ont un cœur en or ; il ne s’agit pas tant de donner que de se donner. Ce don de soi a quasi disparu de nos pays « civilisés » et soi-disant riches (d’une richesse toute matérielle et grossière, et qui en fin de compte asservit plus qu’elle ne rend libre), où l’égoïsme règne en maitre absolu, comme une vertu à acquérir sans tarder. Les Philippins possèdent encore, grâce à Dieu, cette vraie richesse du don de soi, richesse intérieure, qui ne se capitalise pas en billets de banque, mais qui a l’avantage de transparaitre dans le regard : « Il y a plus de joie à donner qu’à recevoir » (Act, XX, 35). Et les Philippins donnent sans compter leur temps, leur personne, sans attendre de récompense, ou au moins sans la réclamer. Joie du dévouement. Essayez pour voir : donnez-vous a une noble cause ; et n’attendez pas en retour le « sentiment » d’avoir bien fait, mais plutôt la vraie joie du devoir accompli, beaucoup moins sensible, mais beaucoup plus proche de Dieu (N.B. : Cette réflexion est plus pour les lecteurs de votre blog que pour vous-même, Mademoiselle).
Autre qualificatif du Philippin moyen : bruyant. Le bruit fait ici partie du quotidien ; dans les rues, l’on reconnaît le passage du marchand ambulant au son qui le caractérise : petite musique répétitive pour le marchand de glaces, grand cri sauvage lorsque le balout arrive (pour de plus amples explications sur le balout, contactez Mlle Bur), la clochette pour le café,… Dans les supermarchés, vous êtes accueilli par deux ou trois enceintes qui crachent leur musique américaine et décadente a travers toute la galerie, et bien évidemment, chaque boutique, échoppe, magasin, possède sa radio et ses propres décibels. Il va de soi que la nature ayant horreur du vide, il nous est nécessaire de remplacer cet étalage de musique destructrice du bon gout par des sons plus édifiants et qui assemblés les uns aux autres méritent réellement le nom de musique. Félicitations donc a Mlle Bur qui a cherché (j’irai même jusqu’a dire réussi) a apprendre a nos amis Philippins tout un répertoire de chants français, aussi bien cantiques mariaux que chansons pour rire (quand certains Français dont nous tairons les noms ne chantaient que des chansons à boire). Et bien sur, pour clore ce chapitre du bruit, lors de la Mission médicale, toujours et en permanence de la musique dans le gym (sans doute pour couvrir le tapage a proximité des arracheurs de dents…), tant et si bien que nous nous sommes vus contraints de trouver des Cds de musique classique pour éviter la destruction de nos délicats tympans, et chez certains des nervous breakdowns (comme on dit d’nos jours…).
Enfin, pour achever ce commentaire aussi long qu’insipide, donnons au portrait un ultime coup de pinceau : le Philippin est plein de respect pour la religion. Cependant, ce respect a tendance non pas a disparaître, mais a s’amoindrir, a cause du recul de la religion catholique qui, encore majoritaire, devient toutefois une religion plus fondée sur le sentiment que sur la foi (pas besoin de venir ici pour le constater), et donc plus superficielle, et a cause de l’apport de la décadence américaine, teintée de laïcisme et d’indifférentisme religieux. Mais tout n’est pas perdu. Il y a vraiment beaucoup de travail a faire ici, les habitants ayant encore vraiment soif de Dieu, et n’attendant que les ouvriers que leur enverra le Maitre de la moisson. Ils comptent sur vos prières ferventes, peut-être la plus belle preuve de votre dévouement.

 


Un commentaire

  1. Dickès JP dit :

    Cher Monsieur l’Abbé,
    Votre commentaire est très judicieux. J’aime bien sûr les Philippins pour leur gentillesse, leur sourire, leur confiance, leur patience. Un sens inné de l’hospitalité qui est toujours sans arrières pensées. Des gens que vous n’avez jamais vus vous considèrent comme de la famille. J’aime aussi leur humour et finalement une joie de vivre, même dans la pauvreté. Je suis à mon troisième séjour. Et si Dieu me prête vie nous essayerons de rester plus longtemps l’an prochain.
    Il y a cependant un gros boulet qui handicape les Philipins. C’est le laxisme dans leurs engagements. Ainsi il y a quatre ans à la première mission médicales nous sommes passés chercher un dentiste et un médecin chez eux. A la dernière minute ils avaient décidé de ne pas venir. L’an dernier des médecins qui s’étaient engagés à venir à une réunion à Manille ne sont pas venus. On en a été réduits à se prendre un pot au restaurant du coin à cinq. Cette année a été donné un ordre pour empêcher les 17 médecins du service municipal de santé de venir nous aider. Ceci allait contre ce qui avait été promis. L’an dernier au forum, la directrice de ND de Fatima qui s’était engagée à envoyer ses élèves. Elle était amie de Yolly. Or non seulement elle ne l’a pas fait mais en plus a mis des bâtons dans les roues.Le meeting était prévu à 9 heures : il a commencé à 11 heures 10. Les enfants préfèrent chercher des araignées dans les cocotiers pour les combats d’araignées plutôt que d’aller à l’école. Ne pas tenir sa parole est pour moi un défaut majeur.On l’a vu en politique : les rebelles Maures ont recommencé la guerre dans la jungle alors qu’ils avaient signé un accord de paix avec le gouvernement. Je pourrais multiplier les exemples. Et Clotilde ne me contradiera point sur le sujet, je pense.
    Vous n’êtes pas sans savoir que la plupart des tractations du commerce international se faisaient par simple coup de téléphone ; puis cela a été le fax, puis Internet.Elles reposent toutes sur la confiance des uns envers les autres. J’habite Boulogne qui est le plus grand port de pêche d’Europe et le plus grand importateur pour le traitement du poisson. Tout se fait sur de simples échanges de parole. Il n’y a jamais de conflit. Il en est ainsi déjà en Halles (réservées aux hommes du métier). Sur un simple courriel ce sont des centaines de tonnes de crevettes qui arriveront de Norvège ou de Guinée. Cet espèce de relativisme est aussi un handicap quant à l’avenir économique du pays.
    Il faut retourner pour le leur dire.
    Amitiés In Xto. Et à l’an prochain. Merci pour votre article que je passe dans le prochain CSR.

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